La porte d’une des chambres froides était ouverte. Devant, sur une table, sorte de macabre billot, un drap vert recouvrait un corps. Plus je m’en approchais plus le froid me pénétrait, glaçant mon être jusqu’aux tréfonds de mon âme. Un médecin sortant de nulle part apparût tel un fantôme. Sans dire mot il leva le haut du drap. Alors je vis…ce visage livide, sans vie, ce visage sans expression, exsangue d’émotion, ce visage que j’aimais…et j’hurlai ! Devant ma réaction le médecin rabattit immédiatement le drap, ne jugeant pas nécessaire de m’en faire voir d’avantage. De toute manière je n’aurais pas pu voir. Mes yeux crachaient des torrents de larmes qui me brûlaient les pommettes. Mes pleurs tombaient en averse sur le drap, s’infiltrant rapidement au travers du tissu comme si elles voulaient réchauffer ce corps glacé pour lui redonner vie. Des convulsions me firent tressaillir, mes membres devenant incontrôlables. Mon esprit encore lucide n’avait plus qu’une idée en tête : trouver quelque chose de pointu à m’enfoncer dans le cœur, quelque chose de tranchant pour m’ouvrir les veines, n’importe quoi en somme susceptible d’abréger sur le champ mon agonie.
Sur une table à proximité mon regard en détresse se posa sur un scalpel. Des voix s’élevaient autour de moi mais bien trop insignifiante pour me détourner de cette arme salutaire. Dans un ultime sursaut de sang, je me jetai sur elle comme un animal affamé peut bondir sur une proie. Mais alors que j’étais si près de forcer la main à la mort plusieurs bras m’agrippèrent et me flanquèrent à terre. Je senti une piqûre sur ma fesse gauche puis je perdis connaissance.
Mes yeux se réouvrirent sur un plafond beige, je ne sais combien de temps après. Des images désagréables s’évadaient de mon esprit, des restes d’un cauchemar où j’avais vu ma femme morte. Ma bouche avait très soif, elle était pâteuse. Je regardais autour de moi étonné de me trouver allongé sur un lit d’hôpital. Que faisais-je là ?
Le sac à main de ma femme était posé sur une chaise à proximité du lit. Elle n’était pas là en revanche. Peut être s’était elle absentée alors que je dormais ?
Une infirmière entrouvrit sans délicatesse la porte de la chambre. Elle me demanda si j’étais réveillé et sans attendre ma réponse fit signe à quelqu’un de l’extérieur. Un inconnu vint alors s’asseoir près de moi, écrasant sans y prendre gare le sac à main. Je lui disais de faire attention. Il me regarda, surpris. Puis son regard se fit conciliant.
L’homme se présenta comme étant inspecteur de police. Son nom m’échappe depuis mais cela a t-il de l’importance ? Car avant qu’il n’eut ajouté quoique ce soit, la mémoire telle une gifle non retenue, me revint en pleine figure…
Le policier me raconta le peu qu’il savait. La veille en fin d’après midi une employée d’entretien qui intervenait dans un bâtiment industriel vacant avait alerté le commissariat. Elle venait de découvrir un cadavre à moitié dévêtu en nettoyant les toilettes des femmes. Ce dernier avait une marque fine et rougeâtre autour du cou. L’autopsie réalisée quelques heures plus tard confirmait que la mort était intervenue par étranglement. Elle révélait aussi des traces de spermes dans le vagin, preuve d’un viol, probablement post mortem.
L’inspecteur m’avoua que les indices étaient minces. La police n’avait en sa possession que le seul témoignage d’un collègue de travail de ma femme qui se souvenait l’avoir vu partir en visite avec un client, sans la revoir par la suite. La description qu’il fit du suspect était vague, ne l’ayant que juste entraperçu. Le fichier de l’agence immobilière fut épluché pour tenter de retrouver les coordonnées de ce client, hélas sans résultat. Ce dernier n’était pas fiché. Peut être s’était il présenté sous une fausse identité. L’inspecteur me confia en guise de conclusion que la traque serait longue, me faisant également comprendre qu’elle serait peut être vaine.
(à suivre...)