dimanche 31 août 2008

A la terrasse du café j'ai vu...

J'étais assis à la terrasse du café comme tous les matin de la semaine. Il était 7 heures et il faisait déjà chaud. Comme d'habitude j'avais commandé un expresso et un verre d'eau, le garçon venait de me les apporter. Le quart du morceau de sucre fondait lentement dans ma tasse alors que je remuais le tout.
Sur le trottoir devant la terrasse passa rapidement un homme. Costume cravate et chaussures de ville, il courait. Pourquoi ? J'eu été curieux de le savoir. Peut être venait il de quitter sa femme pour se jeter dans les bras ouverts de sa maîtresse. Ou bien s'enfuyait il rejoindre son épouse après s'être endormi dans le lit de son amante. Peut être est il en retard pour son travail, ou pour prendre un train. Peut être venait il de commettre un délit…
Sur la terrasse du même café, affalée à une table non loin de moi une jeune et grosse femme, toute de rose vêtue, dévorait en silence une énorme glace à la fraise servie dans une non moins énorme coupe. Avait elle vu passé l'homme sur le trottoir ? S'était elle posée la question de savoir pourquoi il galopait ainsi ? Peut être s'en moquait elle, trop concentrée à déguster sa crème glacée, à profiter orgueilleusement de son petit plaisir. Après tout il y a tant de gens qui passe et repasse ici ! Et puis qui se souci de son semblable aujourd'hui ?
J'abandonnais la grosse femme car mon regard fut attiré par la lumière orange intermittente d'un gyrophare de l'autre côté de la rue. Il surplombait le camion poubelle qui faisait sa collecte matinale. En ce moment il était arrêté. Le chauffeur bras à la fenêtre, clope au bec attendait que ses collègues vident dans le cul du camion le contenu des poubelles abandonnées à leur attention par leur propriétaire. J'observais les deux hommes fluorescents noir de peau en train de ramener les containers vers l'arrière du bahut. Ils portaient des gants bien que leurs mains ne soient pas en contact avec les déchets mais n'avaient pas de masque alors que l'odeur nauséabonde des détritus pénétrait allègrement leurs narines évasées. Quel métier ingrat que celui de débarrasser les déchets des autres ! L'un des deux hommes fila un coup de pied en direction d'un troupeau de pigeons venus se nourrir d'éventuelles miettes. Mais les volatiles firent ceintures car les sacs poubelles étaient trop bien ficelés afin que rien ne s'en échappe, de peur que ça profite à quelques êtres dans le besoin.
Je quittais la scène et revenais prendre des nouvelles de la dévoreuse de glace. Il ne lui en restait qu'un maigre quart à engloutir et je découvrais ainsi que sous les boules de fraise se cachait une boule à la vanille. J'aurais parié quelques euros qu'elle n'avait pas levé la tête de sa coupe. Son nez retroussé découvrant d'imposants orifices nasaux me fit songer au groin d'une truie. Je cru même l'entendre grogner. Sur sa table traînait quelques pièces de monnaie, le reste du billet qu'elle avait certainement déboursé pour se payer cette gourmandise.
Un homme avait pris place à la terrasse. Je ne voyais qu'une partie de son visage car il lisait Le Monde mais il était âgé. Le journal faisait sa une sur les prix flambant du carburant. J'étais bien content de ne pas avoir à utiliser ma voiture pour aller travailler. Mais je me demandais jusqu'où il faudrait que grimpe le prix du litre pour qu'enfin nous nous rappelions qu'il y a tout juste deux siècles nos ancêtres en ayant assez d'être pris pour des vaches à lait étaient descendus dans les rues pour renverser l'ancien régime.
Il était 7 h 20 et comme tout bon français je payais en marmonant ma consommation avant d'aller gagner mon salaire. Ce même salaire qui tôt ou tard ne me permettrait plus de venir chaque matin m'offrir un petit moment de détente.